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Les Fêtes de fin d’année en Suisse: Une célébration multiconfessionnelle

Dernière mise à jour : 19 déc. 2023

Chaque année, au mois de décembre, la Suisse se pare de lumières, de décorations scintillantes, et de d’une atmosphère chaleureuse, signes annonciateurs de la saison des Fêtes. Pour de nombreux Suisses, la période de fin d’année est une occasion spéciale de réunir la famille et les amis, de s’échanger des cadeaux, et de célébrer la magie de la saison. Toutefois, la Suisse, de plus en plus laïque et multiculturelle, est également un pays diversifié sur le plan des croyances, et les festivités de fin d’année revêtent différentes significations pour les membres de différentes confessions.



Noël et Nouvel An chez les Chrétiens

Célébrations joyeuses où traditions anciennes et magie hivernale se rencontrent, les Fêtes de fin d’année proposent toute une panoplie d’activités à la fois religieuses mais aussi, et avant tout, culturelles. La tradition des marchés de Noël avec leurs chalets de bois qui proposent des produits artisanaux, les spectacles de lumières, les concerts de chorales dans les rues et plein d’événements culturels autour des fenêtres de l’Avent ou du fameux sapin de Noël sous lequel des cadeaux sont entreposés. Associé à Saint-Nicolas, célébré en décembre, le Père Noël a, lui aussi, pris une place plus prépondérante et les cadeaux sont plutôt ouverts le 25 décembre.


Mais au-delà de l’aspect commercial, ces fêtes revêtent avant tout les moments de réunion en famille, ou avec des amis, autour de repas festifs mettant en avant le partage et la convivialité. Et, pour d’autres personnes, l’aspect religieux est présent par la représentation de la Nativité de Jésus-Christ – la crèche, la messe de minuit à l’occasion du réveillon de Noël, la participation à la distribution de la soupe populaire pour les plus démunis ou encore la célébration de la fête des Rois. A ces traditions, viennent s’ajouter les symboliques de la bûche de Noël héritée des Vikings, la tradition de la couleur rouge liée à Sainte-Lucie des pays scandinaves et la décoration du sapin déjà pratiquée par les Celtes pour célébrer le nouveau solstice.


Le Nouvel An est, quant à lui, une fête civile accueillie avec des feux d’artifice éblouissants qui illuminent le ciel et des célébrations souvent organisées dans des lieux publics – restaurants, clubs, places publiques, dans une atmosphère festive pour saluer la nouvelle année le 1er janvier.


Et qu’en est-il des autres confessions présentes en Suisse ?


La communauté musulmane

Dans la religion musulmane, les Fêtes de Noël chrétiennes n’ont pas de signification particulière. En effet, bien que reconnu par le Coran, Jésus fait partie des 5 grands prophètes, mais sa naissance n’est pas célébrée.Pour les musulmans c’est l’année d’exil du prophète Mahommet à Médine qui marque le début de leur histoire. Ainsi, basé sur un calendrier lunaire, l’islam comporte deux fêtes majeures : l’Aïd el-Fitr qui marque la rupture du jeûne à la fin du Ramadan, et l’Aïd el-Adha ou Aïd el-Kebir, la fête du mouton. Ces célébrations sont accompagnées de repas festifs et traditionnels partagés en famille.



Le ouvel an musulman, Ra’s as-Sana commémore l’Hégire et marque l’entrée dans le premier mois, Muharram. La date de célébration change en fonction du calendrier, qui recule chaque année de 11 jours par rapport au calendrier grégorien, et n’engendre pas de célébration majeure. Cependant, bien que l’islam proscrit de célébrer d’autres rites religieux, il permet de participer aux fêtes socio-culturelles locales. Ainsi, pour les Fêtes de fin d’année, certains musulmans participent aux feux d’artifice, aux marchés artisanaux ou s’impliquent dans des activités caritatives.


Les Juifs de Suisse

A l’approche de la fin de l’année, la communauté juive célèbre deux fêtes importantes. Le Rosh Hashanah, Nouvel An juif, qui marque le début de l’année juive, généralement fêté entre septembre et octobre. Il est caractérisé par des prières, des rituels symboliques et des repas festifs. Et puis, la fête d’Hanoukka principalement célébrée au mois de décembre. La tradition raconte qu’à la reprise du temple de Jérusalem par les Macchabés, seul un récipient d’huile y a été trouvé. Destiné à ne brûler que pendant une journée, il a éclairé le temple huit jours consécutifs.



Aujourd’hui, placées devant les fenêtres, les bougies des menoras (chandeliers juifs) sont allumées consécutivement chaque soir pendant huit jours. La tradition inclus également la récitation de bénédictions, la distribution de cadeaux, la consommation de nourriture cuite dans l’huile, la récitation de chants traditionnels, des repas familiaux et le jeu du dreidel. Bien que les Juifs ne célèbrent généralement pas Noël, puisque Jésus n’est pas reconnu par leur foi, en période de fin d’année ils s’engagent dans des actes de bienfaisance et de bénévolat.


L’Hindouisme

Les communautés hindoues en Suisse ne célèbrent généralement pas Noël en tant que fête religieuse. Cependant, certains membres de la communauté participent aux célébrations locales dans un esprit de convivialité avec leurs amis chrétiens. En parallèle, deux de leurs plus grandes fêtes annuelles prennent place entre octobre et décembre. La plus connue est la fête du Diwali, connue sous le nom de la fête des lumières. Elle célèbre la victoire de la lumière sur l’obscurité et est représentée par l’illumination de lampes, de feux d’artifice, de décorations, de la purification des maisons et de festins de famille.



Selon les calendriers hindous traditionnels de type luni-solaires, elle est fêtée entre octobre et novembre et dure cinq jours consécutifs. Elle est souvent comparée à Noël en raison de l’ambiance joyeuse et lumineuse qu’elle revêt. En fin d’année, du 21 au 25 décembre, les hindous célèbrent la Pancha Ganapati. Fête religieuse, elle est célébrée pendant cinq jours consécutifs autour de rituels précis. Hommages, prières, chants et traditions liées aux couleurs des vêtements portés prennent leur place lors des rencontres familiales. C’est aussi l’occasion d’offrir des cadeaux et des friandises.


Les célébrations chinoises

La fête du Dong Zhi, également connue sous le nom de solstice d’hiver, est une célébration traditionnelle chinoise du 21 décembre. Dong Zhi est ancré dans la philosophie du Yin et du Yang représentant l’équilibre entre les forces opposées. Elle trouve ses origines dans la dynastie Han ; elle est souvent associée aux retrouvailles familiales pour déguster des plats traditionnels symbolisant l’unité et la plénitude. En ce qui concerne le Nouvel An, les Chinois ont leur propre tradition.



Le Nouvel An chinois, ou festival du Printemps, marque le début du calendrier lunaire chinois (entre janvier et février). C’est une célébration vibrante s’étendant sur quinze jours, du réveillon à la fête des Lanternes. Les familles ornent leurs maisons de décorations rouges, porteuses de chance, et mangent des plats symboliques tels que les gâteaux de riz, les dumplings (boulettes farcies) et du poisson. A minuit les feux d’artifice illuminent le ciel, chassant ainsi les mauvais esprits. Les traditions incluent la distribution d’enveloppes rouges contenant de l’argent, des défilés animés des danses du dragon et du lion, ainsi que des performances artistiques dans les rues. Chaque année la fête est associée à un animal du zodiaque chinois.


La foi Bahá’íe

Avec ses propres croyances et pratiques, les bahá’ís n’observent pas spécifiquement les célébrations chrétiennes de fin d’année. Cependant, ils participent volontiers aux festivités culturelles locales, y compris de consacrer de leur temps aux activités de bienfaisance.

Fondée par Bahá’u’lláh au XIXème siècle en Perse, cette confession promeut l’unité spirituelle de l’humanité ainsi que l’harmonie entre les religions et les cultures. Les bahá’ís sont encouragés à respecter les célébrations religieuses des autres traditions sans nécessairement participer activement aux rituels spécifiques. Mais la foi bahá’íe a ses propres commémorations, notamment pour le Nouvel An.



Célébré autour du 21 mars, et précédé d’une période de jeûne, Naw-Ruz – nouveau jour, marque le premier jour du calendrier et symbolise le renouveau spirituel et matériel. C’est une journée consacrée à des prières et à des moments de méditation, de rencontres familiales avec repas festifs, d’échanges de cadeaux et d’activités caritatives. Cette célébration est également marquée par des cérémonies communautaires au cours desquelles des activités artistiques et spirituelles viennent renforcer la symbolique du renouveau et de la foi. C’est une fête ouverte à tout un chacun, qu’il soit de foi bahá’íe ou non.


Les Bouddhistes

Les bouddhistes participent volontiers aux célébrations locales de fin d’année pour tout ce qui est culturel. Chez les bouddhistes Jôdo-Shinshû, le mois de décembre est important car il accueille la célébration du jour du Bodhi – l’éveil. C’est-à-dire, le jour où Siddartha Gautama, Bouddha, a atteint son illumination assis sous l’arbre du bodhi. Fêtée par les Japonais le 8 décembre, la date peut varier selon les traditions. Il n’y a pas de festivités particulières associées à ce jour, certains bouddhistes décorent un arbre ou installent des ornements lumineux pour représenter le Bouddha, le Dharma (enseignement) et la Shanga (communauté). Leur Nouvel An, connu sous le nom de Songkran dans certaines régions, est une célébration significative qui marque le début du calendrier bouddhiste. Elle est caractérisée par des rituels spirituels, des prières, des offrandes florales et des actes de bienveillance. C’est l’occasion de pratiquer la générosité envers les moins fortunés, pour renforcer les valeurs de compassion et d’altruisme. En raison des variations dans les traditions et les calendriers spécifiques à chaque région, la date de célébration varie, même si souvent à l’approche du début de la saison des pluies au mois d’avril.



Diversité et intégration

La Suisse est un pays où coexistent de nombreuses religions et croyances et la saison des fêtes est l’occasion idéale pour célébrer cette diversité. Bien que Noël soit avant tout une fête chrétienne, de nombreuses communautés religieuses participent d’une manière ou d’une autre à la célébration de la saison culturelle. C’est un exemple de tolérance religieuse et d’acceptation mutuelle, où les différentes confessions peuvent partager l’esprit de fin d’année tout en célébrant leurs propres festivités culturelles et religieuses. De nombreux aspects sont similaires à toutes les confessions : la notion de renouvellement et de résolution ; l’importance de la communauté et de la famille ; la réflexion spirituelle entourée par la gratitude et les prières ; l’importance de la charité et de la bienveillance ; la célébration du temps et du retour de la lumière avec le prolongement des journées ; et pour finir les rituels de nettoyage et de purification.

Les Fêtes de fin d’année revêtent ainsi différentes significations pour différentes personnes. Pour certains, c’est avant tout une célébration religieuse, tandis que pour d’autres c’est une occasion de se réunir en famille, d’échanger et de partager des moments chaleureux. Cette diversité de pratiques et de significations montre comment ces fêtes ont évolué au fil du temps et se sont adaptées à différentes cultures et religions.


Pour la rédaction de cet article, le Service de la cohésion sociale a pu compter sur l’aide de l’association de l’Arzillier et de ses membres. Nous remercions tout particulièrement Mmes Ghania Ziadé & Roula Lopez et M. Faramarz Falahi pour leur accueil à la maison du dialogue interreligieux et leur disponibilité.


L’association de l’Arzillier

Fondée le 17 mars 1998, l’association de l’Arzillier, nommée d’après la maison qui accueille son siège, prend ses racines dans la constitution du dialogue interreligieux dans le canton de Vaud. Grâce au travail et à la collaboration de croyants de différentes Églises et communautés religieuses, les membres veillent au respect de la charte et de la mission de l’association. C’est un lieu où des personnes de différentes traditions et spiritualités peuvent se rencontrer librement dans le respect mutuel qu’ils soient croyants, athées ou agnostiques.



L’association a pour vocation de favoriser les échanges entre différentes religions, mais aussi au sein d’une même confession entre ses diverses mouvances. L’Arzillier a également la charge de l’organisation annuelle de la semaine des religions pour le canton de Vaud et met à disposition ses locaux pour des conférences, tables rondes, débats, mais aussi moments festifs et culturels pour promouvoir et valoriser le rôle des communautés dans le travail d’intégration et de participation à la vie civique.




Noël et Nouvel An : les origines

Remontons aux temps antiques, où les Romains célébraient les Saturnales, une série de festivités honorant le dieu Saturne. Débutant mi-décembre et culminant avec les Sigillaires au jour du solstice d'hiver, ces célébrations marquaient le retour du soleil. Pendant cette période, les Romains partageaient des repas et échangeaient des cadeaux fabriqués en terre cuite. Avec l'avènement du christianisme au IVème siècle à Rome, l'empereur Constantin, dans un effort de christianisation des fêtes païennes dédiées au Sol Invictus (le soleil invaincu) en référence au dieu persan Mithra, impose la date du 25 décembre selon le calendrier grégorien. Ainsi, Noël émerge comme une fusion harmonieuse entre les traditions chrétiennes et les célébrations païennes. Cette date revêt une signification particulière, symbolisant à la fois la renaissance de la lumière, avec les journées qui s'allongent progressivement, et l’aspect religieux par la symbolique de la Nativité, incarnée par la naissance de Jésus-Christ à Bethléem. Curieusement, le terme Noël lui-même n’a peut-être pas une étymologie strictement religieuse il pourrait provenir du latin natalis dies sol invictus (le jour natal du soleil invaincu) ou du celte nojo hel (nouveau soleil). Il est important de noter que les catholiques, les protestants et les évangélistes célèbrent Noël le 25 décembre, tandis que les orthodoxes, suivant toujours le calendrier julien, commémorent la naissance de Jésus le 7 janvier. Ainsi, Noël traverse les époques en tant que célébration riche, unissant des éléments de foi, de tradition et de renouveau à travers les âges.


Les festivités du Nouvel An marquées par la date du 1er janvier en tant que début de l'année, ont pris racine dans le monde chrétien en 1622 s’alignant ainsi sur le calendrier grégorien. Toutefois, le réveillon de la Saint-Sylvestre, bien qu'observé par les chrétiens, ne trouve pas son fondement dans la Bible puisqu’il ne fait pas partie de la liturgie. Nouvel An, n’a pas non plus de lien intrinsèque avec Saint-Sylvestre, dont la commémoration coïncide simplement avec le jour de la mort de ce pape. Ainsi, les célébrations ne revêtent pas de caractère religieux, mais plutôt culturel et civil. Notons d'ailleurs que, bien que largement suivie dans les pays chrétiens, le Nouvel An est devenu la fête profane la plus répandue à l'échelle mondiale, attirant même la participation d'autres confessions.


Sonia Da Silva



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