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Des voix de femmes surgies des archives

Les Éditions d’en bas ont publié en mars 2026 un roman coécrit par la Chavannoise Laurence Gauvin et Sandrine Perroud, dont c’est le troisième ouvrage, Les Femmes de la Caroline. Ce roman s’inspire d’un fait divers qui a eu lieu en 1912 dans un logement de cette rue lausannoise et qui avait suscité l’émoi à l’époque.


Le matin du lundi 8 janvier 1912, une fille au pair zurichoise de 17 ans tue à coups de hache sa patronne, une veuve élevant seule ses deux petits-enfants dans la capitale vaudoise. A la suite d’un procès très suivi, Elisabeth sera jugée coupable mais irresponsable en raison de sa santé psychique défaillante, et internée.

 

Malgré l’évidence apparente des chroniques et des comptes rendus, trop de questions demeuraient irrésolues aux yeux de Laurence Gauvin et Sandrine Perroud. Elles décident d’en savoir davantage.

 

Les deux autrices, associant leurs compétences et leurs expertises – Laurence Gauvin travaille aux archives de l’Université de Lausanne et Sandrine Perroud officie dans le monde des lettres et du journalisme – mènent une véritable contre-enquête. Elles passent au peigne fin les sources disponibles et se rendent vite compte que tout ce qui a été dit et écrit sur ce meurtre au moment des faits l’a été par des hommes.

 

Plus curieux encore, elles découvrent que la documentation récente sur l’affaire est également rédigée par des hommes., Sans surprise, les sources existantes se polarisent sur les figures masculines : Rodolphe Reiss pionnier des sciences criminelles qui mène les investigations qui aboutissent à l’inculpation de la jeune fille ; Albert Mahaim et Hans Schmid-Guisan, pontes de la psychiatrie et de la psychanalyse en plein essor au début du XXe siècle, qui concluent à la maladie mentale de l’accusée.

 

Voilà pourquoi, retournant la focale, l’ouvrage – entre fiction et documentaire - met les femmes au centre de la scène de crime. Par conviction, par solidarité, par nécessité historique, les deux écrivaines prennent le parti des femmes au cœur du drame. Il en résulte un récit poignant de la condition féminine, voire du déclassement social dont elles sont victimes, entre hier et aujourd’hui.

 

Elisabeth, mais aussi Marie, Lina, Louise, Eugénie, Renée, Fran, d’un chapitre à l’autre, à tour de rôle, font entendre leurs voix. Elles parlent enfin, plus d’un siècle plus tard.

 

Ces femmes - ménagère, veuve, domestique, infirmière, journaliste, aventurière, prennent le contrepied du monde des hommes et racontent une autre histoire, d’autres histoires. Elles dévoilent leurs aspirations, leurs rêves souvent amputés (un voyage sur le Titanic qui fait naufrage cette année-là ou un mariage heureux), leurs troubles, leurs frustrations, leur solitude, avouent même des désirs que la morale patriarcale dominante et l’église reprouvent. Elisabeth est attirée par une autre jeune fille et voue une admiration sans bornes à Sarah Bernhardt, star planétaire des scènes théâtrale, femme moderne et émancipée.

 

Le « Crime de la Caroline » devient alors – et ce n’est que juste retour des choses - les Femmes de la Caroline, personnages et protagonistes à part entière de leurs vies, réelles et imaginaires.

 

Laurence Gauvin, originaire de la Réunion installée à Chavannes, est diplômée en Lettres et en Information documentaire. Les Femmes de la Caroline est son premier roman. Par ailleurs, elle est également président de la section de Chavannes de l’Association vaudoise des parents d’élèves.

Sandrine Perroud est une écrivaine lausannoise diplômée en Lettres et en journalisme. Elle a publié deux romans aux Éditions de l’Aire Les esprits [2019] et Le Club des Aliènes [2021]


Photo Julie Picq
Photo Julie Picq

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